Ou comment devenir un jardinier de l’eau
La goutte qui fait déborder le vase : comprendre notre patrimoine hydrique limité
L’image présentée dans le livre est saisissante: toute l’eau douce facilement accessible sur notre planète pourrait tenir dans une « goutte » de moins de 60 km de diamètre (la distance entre Bruxelles et Namur). Cette comparaison aide à comprendre l’importance cruciale de cette ressource limitée. Ce guide présente l’hydrologie régénérative comme une approche équilibrée, valorisant les pratiques traditionnelles tout en les enrichissant des avancées scientifiques récentes.
En tant que formatrice en permaculture, je suis constamment à la recherche d’ouvrages qui permettent de mieux comprendre et travailler avec les éléments naturels. « Cultiver l’eau douce » de Samuel Bonvoisin, François Goldin et Antoine Talin est un excellent ajout à ma bibliothèque de références!
Ralentir, infiltrer, réhydrater : le trio gagnant de l’hydrologie régénérative
Ces trois actions essentielles constituent la base de toute approche en gestion écologique de l’eau. Le concept du « cycle de l’eau verte » est particulièrement bien expliqué dans cet ouvrage. Cette eau issue des végétaux contribue pour deux tiers aux précipitations continentales, un fait que beaucoup ignorent, étant habitués à penser que les mers et océans sont la source principale de nos pluies.
L’accessibilité de l’ouvrage est l’un de ses grands atouts : il convient aussi bien aux débutants qu’aux praticiens expérimentés, et propose des solutions pour toutes les échelles, du petit jardin urbain à la grande propriété rurale.
La collaboration avec la nature : un principe fondamental de la permaculture

L’exemple du castor est particulièrement inspirant comme modèle à suivre. Cet ingénieur écologique que nous avions presque éradiqué nous montre comment travailler avec l’eau de manière constructive. Sa réintroduction dans de nombreux écosystèmes européens constitue un excellent cas d’étude pour comprendre les bénéfices d’une gestion intégrée de l’eau. Un très beau livre, magnifiquement illustré, traite d’ailleurs de ce sujet particulier : « Rendre l’eau à la Terre » de Baptiste Morizot (illustrations de Suzanne Husky)
Des solutions pratiques à appliquer sur le terrain
L’un des aspects intéressants de cet ouvrage est son tour du monde des techniques ancestrales de gestion de l’eau. Ces solutions low-tech, éprouvées à travers les âges et les cultures, forment une véritable bibliothèque de stratégies que l’on peut intégrer dans les designs permacoles.
Le livre va bien au-delà de la simple théorie avec une multitude de conseils pratiques testés sur le terrain :
- Une méthodologie d’observation des flux d’eau pour une lecture pertinente du paysage
- Des nombreux tutoriels pour comprendre son terrain et concevoir certains ouvrages
- Des calculs de dimensionnement accessibles et précis
- Des techniques d’installation de structures hydrologiques (noues, baissières, fascines…) adaptables à différents contextes
L’alliance avec le végétal : un élément clé pour cultiver l’eau douce
Le chapitre consacré à l’utilisation stratégique des plantes rejoint parfaitement le principe de la permaculture qui considère les végétaux comme des alliés multifonctionnels. Les plantes ne sont pas seulement décoratives, elles jouent un rôle actif dans la résilience des écosystèmes.
La partie traitant du sol vivant, du rôle des champignons et de l’importance des différentes strates végétales offre une vision complète de la fonction écologique des plantes dans le cycle de l’eau.
Les listes de plantes indigènes adaptées à différents milieux (humides, inondés, secs, rivulaires) sont particulièrement précieuses pour concevoir des systèmes résilients. Elles permettent de créer des listes de plantes adaptées, pour la plupart, à notre bio-région.
De l’anxiété à l’abondance : repenser notre relation à l’arrosage
La dernière partie du livre aborde la collecte, le stockage et la gestion de l’arrosage sous un angle rafraîchissant : considérer l’eau non comme une ressource rare à économiser anxieusement, mais comme un élément dont nous pouvons favoriser l’abondance et la régénération, à condition de respecter les équilibres naturels.
Plusieurs techniques d’irrigation présentées méritent d’être expérimentées en Belgique. Les oyas et les wicking beds (jardinières autonomes) sont particulièrement intéressants pour leur efficacité et leur facilité de mise en œuvre. Les systèmes de collecte d’eau de pluie décrits peuvent être adaptés à notre climat belge avec ses précipitations régulières mais parfois insuffisantes en été. Attention toutefois à respecter la législation belge, fédérale ou régionale, qui est différente de celle rencontrée en France.
Un outil précieux dans un contexte climatique changeant
Ce qui fait la force de « Cultiver l’eau douce », c’est sa vision holistique qui intègre tous les aspects du cycle de l’eau. Cette approche rejoint parfaitement la vision systémique de la permaculture.
Face aux défis grandissants liés à l’eau – inondations et sécheresses qui s’intensifient avec le changement climatique – cet ouvrage constitue une ressource inestimable pour les concepteurs en permaculture et tous ceux qui souhaitent créer des paysages résilients.
La gestion de l’eau est souvent l’un des aspects les plus difficiles à maîtriser en permaculture. Ce livre offre une porte d’entrée accessible et complète sur le sujet. « Cultiver l’eau douce » constitue une base solide pour développer ses compétences en hydrologie régénérative !
À la belge : adapter les principes français à notre climat et notre législation
Ce livre est évidemment axé sur la France, puisqu’il a été écrit par des membres des Alvéoles, situé dans la Drôme. Pour nous qui pratiquons le jardinage en Belgique, il est important d’adapter ces connaissances à notre contexte local. Voici quelques ressources précieuses pour compléter cette lecture :
- Cartes des sols, courbes de niveaux, profils altimétriques, aléas d’inondation etc : consultez Walonmap (Wallonie), Brugis (Bruxelles) et Geopunt (Flandres)
- Les contrats rivières
- La législation sur l’eau en Wallonie
- Bruxelles Environnement
- Les conseils nature de Natagora : La mare au naturel, entre autres
- L’IRM pour les données relatives aux précipitations dans votre commune
Une excellente nouvelle toutefois : il existe depuis peu une Association Belge de l’hydrologie régénérative que je vous invite à découvrir et à soutenir.
Un petit complément de lecture :
Pour les jardiniers belges que nous sommes, je propose de compléter cette lecture avec un ouvrage local : « Manuel pratique du jardin éponge » de Marc Verachtert et Bart Verelst. Ce livre offre des pistes concrètes et adaptées à notre contexte pour désimperméabiliser nos jardins, terrasses, allées de garage et autres surfaces.
En refermant « Cultiver l’eau douce », on ne voit plus jamais la pluie de la même façon. Cette précieuse alliée, souvent perçue comme une contrainte à évacuer au plus vite de nos territoires, devient un trésor à chérir, à guider et à infiltrer patiemment dans nos sols. L’hydrologie régénérative nous invite à la révolution : passer du statut de consommateurs d’eau à celui de cultivateurs d’eau. Dans un monde où chaque goutte compte, ce changement de paradigme pourrait bien être l’une des clés essentielles pour transformer nos jardins en véritables oasis de résilience, capables de faire face aux caprices d’un climat de plus en plus imprévisible.









